Nous avons connu des conquêtes sociales importantes : la réduction du temps de travail, la création des CHSCT, la généralisation du 13ème mois dans de nombreuses entreprises… Rien n’était parfait, loin de là, mais le progrès social semblait encore possible.
Politiquement aussi, le monde paraissait différent. L’extrême-droite restait marginale. Beaucoup refusaient de lui offrir une tribune, de banaliser ses idées ou d’en faire le centre de gravité du débat public. J’ai connu l’époque où voir Le Pen au second tour provoquait un sursaut populaire immense, où des millions de personnes descendaient dans la rue en criant « Plus jamais ça ! ». Ce temps semble aujourd’hui bien lointain.
Désormais, Donald Trump, figure de proue d’une internationale réactionnaire et nationaliste, peut multiplier les provocations et les démonstrations de force : pressions sur le Canada, menaces autour du Groenland, tensions avec Cuba, interventionnisme au Venezuela, soutien militaire inconditionnel à Israël dans le génocide du peuple palestinien, escalade militaire avec l’Iran…
Ce qui choque, au-delà de la brutalité des faits, c’est surtout le silence assourdissant d’une grande partie de la communauté internationale. Son incapacité ou son absence de volonté à imposer une autre voie : celle du droit international, de la diplomatie et de la paix.
Pendant ce temps, les marchands d’armes prospèrent. Les multinationales engrangent des profits colossaux. Les peuples, eux, paient le prix fort : morts civiles, destruction, pauvreté, déplacements forcés, tensions économiques mondiales…
Jusqu’où irons-nous ainsi ? Jusqu’à quand détournerons-nous le regard pour préserver les intérêts de ceux qui prospèrent sur les conflits et la peur ?
Oui, nous vivons une drôle d’époque.
Pas forcément parce qu’elle serait plus violente que d’autres moments de l’histoire. Mais parce qu’à l’heure où jamais l’information n’a été aussi accessible, jamais les moyens d’agir collectivement n’ont été aussi grands, nous semblons parfois paralysés, résignés, spectateurs d’un monde qui se fracture sous nos yeux.
L’inaction des gouvernements n’est pas une fatalité : c’est un choix politique. Et ce choix ne changera que lorsque chacune et chacun décidera de reprendre sa place dans le débat public, dans les luttes, dans les mobilisations pour la justice sociale, la solidarité internationale et la paix.
Car un monde plus juste ne naîtra ni du silence, ni de la peur, ni de la résignation. Il naîtra de notre capacité collective à relever la tête !
Jacques Eliez
Secrétaire fédéral



